L'interview de la semaine :


Jéremy Stinat, arbitre professionnel, licencié à l'AST Tarnos.

- Peux tu te présenter ?

J'ai 37 ans, j'ai 2 enfants et j'habite à Tarnos. Je rénove des maisons en tant qu'autoentrepreneur, en complément de l'arbitrage qui me prend pas mal de temps.

- Ton histoire avec le football ?

Elle est longue. J'ai commencé à jouer à 6 ans près de Pau ; j'ai rejoint le club de Pau FC par la suite jusqu'à l'âge de 16 ans. Ensuite, j'ai intégré le Centre de Formation de Bordeaux jusqu'à 20 ans. Je n'ai pas signé pro à ce moment là. Je suis alors parti en National, puis en Angleterre à Norwich.

- Pourquoi Norwich ?

Comme beaucoup de jeunes français de l'époque, j'ai suivi l'appât des grands stades, et un peu de l'argent. J'étais semi-pro là bas. Au bout de 6 mois, je suis rentré en France car cela n'a pas trop marché. J'ai alors fait 10 années de pro en Ligue 2, à Valence, Grenoble, Sedan et Laval.

- As tu des regrets sur ta carrière ?

Oui. J'ai eu la possibilité de signer en Ligue 1 à Lorient, comme doublure en latéral. Mais à l'époque, je préférais jouer titulaire en Ligue 2.

- Mais il y avait un Stinat en Ligue 1 à l'époque !

C'était mon frère, qui avait signé à Nantes.

- Quelles étaient tes caractéristiques ?

J'étais un latéral, dur sur l'homme, pas méchant, mais le vrai latéral droit. J'ai été formé par Gernot Rohr et Patrick Battiston. C' était assez rugueux, engagé, difficile à passer. Mon apport offensif par contre était assez moyen.

- Comment as tu arrêté ?

J'ai arrêté à 32 ans, car je ne me reconnaissais plus vraiment dans le foot pro. Des jeunes arrivaient avec une mentalité exécrable. Et puis, j'avais dans l'idée de devenir arbitre depuis l'âge de 21, 22 ans. j'ai arrêté ma carrière de joueur en juin et en septembre, je commençais l'arbitrage.

- Quelques souvenirs qui nous font rêver ?

Les grands souvenirs, c'était quand j'étais jeune à Bordeaux. J'ai plusieurs fois été dans le groupe avec Zidane, Lizarazu, Dugarry. J'ai fait 5 bancs en Ligue 1.
J'ai aussi participé à l'année du Titre avec Laslandes, Wiltord, Micoud, Pavon.
Enfin, j'ai aussi une 1/2 finale de Coupe de France avec Sedan, perdue à Lyon 1/0 sur un coup franc de Juninho à la 89ème. Cela laisse un gros regret de ne pas avoir pu participer à une finale. Cela aurait été magnifique.

- Un jour où tu as particulièrement peiné, face à un super joueur ?

Le jour ce cette 1/2 finale, je n'ai pas vraiment été nul, mais Fred, l'attaquant de Lyon, m'a énormément impressionné. Il a été monstrueux, il m'a beaucoup impressionné physiquement.

- Le meilleur joueur avec qui tu as joué ?

Je dirai Zidane. C'était...!!!

- Ton geste technique préféré

Le préféré, c'est un joli tacle quand tu récupères le ballon. C'est tellement joli quand c'est bien fait.

- Pourquoi arbitre et pas coach par exemple ?

Quand j'étais à Valence, j'ai eu un arbitre qui m'avait pourri tout le match, presque insulté. Cela m'avait laissé un mauvais souvenir, et cette idée est née dans ma tête. Je l'ai gardée, j'ai conservé des contacts avec des arbitres, et cela s'est fait simplement.
Coach, non, car je voulais me poser. On a beaucoup bougé avec ma femme et les enfants durant ma carrière, et je voulais changer de mode de vie. J'avais vraiment envie de me poser dans un coin.

- Quel message as tu envie de communiquer aux jeunes qui hésitent pour devenir arbitres ?

L'arbitrage, c'est extraordinaire. C'est une vraie école de la vie, avec des responsabilités. C'est grandir plus vite. Si on a la chance de tutoyer le plus haut niveau, c'est des ambiances, même en CFA, CFA2. Il peut y avoir 1000, 1500 personnes dans les stades, même en Coupe de France. iL y a une super ambiance, et on passe de très bons moments.

- Que peux tu dire aux ados qui sont arbitrés par des jeunes de leur âge ? Le respect n'est pas toujours simple.

Les ados font des passes en touches, manquent leur contrôle, loupent des têtes, marquent contre leur camp. L'arbitre peut ne pas voir, peut se tromper. Tout le monde est humain et il y aura toujours des erreurs dans l'arbitrage.
Cela fait partie du jeu. Il faut en tenir compte et avoir un peu de respect.

- As tu une ambition, un objectif ?

J'arbitre en Ligue 2. Le but du jeu, c'est évident, c'est toucher la Ligue 1. Je travaille pour.

- Qu'est ce que tu ne supportes pas chez les joueurs, et également dans leur entourage ?

La mauvaise foi. J'ai été un footballeur juste, je pense être un arbitre juste. La mauvaise foi caractérisée, évidente, je ne supporte pas.
J'ai aussi vu de vilaines choses chez les présidents, chez les entraîneurs. Le manque d'honnêteté, c'est le milieu qui veut cela.

- Sur quoi tu voudrais encore progresser ?

Je suis encore trop joueur. Les arbitres sont généralement arbitres depuis l'âge de 15/16 ans. Moi, je suis encore trop joueur, je veux laisser des avantages, j'hésite à sortir des cartons jaunes. Je suis trop gentil, trop compréhensif avec les joueurs.

- Tu veux arbitrer encore combien de temps ?

Si le physique est en forme, jusqu'à au moins 45 ans

- En dehors du foot, quels sont tes centres d'intérêts ?

Le bricolage, tout ce qui touche à la rénovation. Et puis le sport en général, le rugby, le tennis, le hand etc...

- Ton plat, ta femme et ton voyage préféré

La côte de boeuf, ma femme, et Tahiti ou plutôt le Canada

- Le match que tu rêves d'arbitrer, et dans quel stade ?

Je ne pourrai arbitrer qu'en Ligue 1 maxi , mais sinon Barça - Bayern au Stade de France

- Quel est l'endroit où tu aimes arbitrer ?

Marseille. L'endroit est extraordinaire, avec l'ambiance. On ne s'entend pas parler entre arbitres ! C'est mon meilleur souvenir d'arbitre pour l'instant.


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